Victimes d'attentats, trauma collectif et sidération HyCSI

La certification HyCSI
pourquoi un cadre rigoureux protège le patient

Supervision, comités, charte éthique : ce que la structure institutionnelle d'une méthode dit de sa vision du soin.

Sandra Depasse · Certification Éthique · 8 min de lecture

La question revient régulièrement, sous des formes différentes mais avec le même fond : "Pourquoi autant de structure ? Pourquoi des comités, des chartes, des procédures de retrait de certification ? L'hypnose, c'est une relation humaine. Pourquoi l'encadrer comme s'il s'agissait d'une pratique médicale ?"

Ma réponse est toujours la même : précisément parce que c'est une relation humaine. Précisément parce qu'on travaille avec ce que les personnes ont de plus vulnérable. Et précisément parce que l'histoire de l'hypnose, comme celle de la psychothérapie en général, est traversée d'exemples de ce qui arrive quand le soin se passe sans cadre.

Ce que l'absence de cadre permet

Il n'existe pas, en Belgique comme dans la majorité des pays européens, de réglementation stricte de l'hypnose thérapeutique. N'importe qui peut s'intituler hypnothérapeute, proposer des séances, former d'autres personnes, créer une méthode et en certifier les praticiens, sans que personne ne vérifie quoi que ce soit.

Ce vide réglementaire a des conséquences concrètes, documentées, que la clinique rencontre régulièrement. Des personnes traumatisées qui ont vécu des reviviscences traumatiques non contenues pendant des séances avec des praticiens insuffisamment formés. Des gens à qui on a "diagnostiqué" des abus en faisant des levées d'amnésie sans formation adéquate, produisant des faux souvenirs. Des formations qui durent un week-end et qui promettent de rendre compétent pour traiter le trauma complexe. Des relations thérapeutiques qui ont glissé vers de l'emprise parce que personne ne supervisait, personne ne vérifiait, personne ne garantissait quoi que ce soit.

Ce n'est pas un portrait caricatural. C'est une réalité clinique que ceux qui reçoivent en thérapie les victimes de mauvaises pratiques voient régulièrement.

Ce que la certification garantit, et ce qu'elle ne garantit pas

La certification HyCSI n'est pas une promesse d'infaillibilité. Aucun titre ne peut garantir cela. Elle est une attestation que la personne a traversé un parcours rigoureux, évalué à plusieurs niveaux, et qu'elle s'est engagée dans un cadre éthique dont le non-respect a des conséquences.

Concrètement, la certification repose sur cinq éléments non négociables. La maîtrise des trois niveaux de formation, qui couvrent la désensibilisation des mémoires traumatiques, la reconstruction identitaire et l'intégration psychocorporelle. La réalisation de vingt heures de supervision, dont l'objectif n'est pas seulement d'améliorer la technique mais de vérifier la posture clinique, de détecter les zones aveugles, de prévenir les dérives. La pratique effective sur une durée minimum de neuf mois avant la certification. La présentation de deux études de cas qui montrent la capacité à formuler, à naviguer la complexité clinique, à réfléchir sur sa propre pratique. Et l'adhésion explicite à la charte éthique.

Ce que la certification ne garantit pas, c'est la qualité de chaque séance de chaque praticien certifié sur l'ensemble de sa carrière. Personne ne peut promettre cela. Ce qu'elle garantit, en revanche, c'est qu'il existe un mécanisme de contrôle continu, une supervision obligatoire, et une procédure claire pour retirer la certification si les conditions ne sont plus remplies.

La supervision : pas un contrôle, une condition clinique

La supervision obligatoire dans la méthode HyCSI n'est pas conçue comme un instrument de surveillance. Elle est conçue comme une condition de la qualité du soin.

Un thérapeute qui ne supervise jamais travaille dans un espace sans miroir. Il ne voit pas ce qu'il ne voit pas. Ses points aveugles s'approfondissent avec le temps plutôt que de se résorber. Les traumas non traités qui influencent sa pratique ne sont jamais adressés. Et les dérives, qu'elles soient techniques ou relationnelles, ne sont jamais nommées parce que personne n'a la position pour les voir.

La supervision n'est pas réservée aux praticiens débutants. Elle est, dans la conception HyCSI, une pratique de toute la durée de l'exercice. Non pas parce qu'on ne fait jamais confiance au praticien, mais parce que la clinique du trauma est une pratique qui demande un regard externe régulier, quel que soit le niveau d'expérience.

Les comités : pour qui, pour quoi

L'architecture institutionnelle de HyCSI International AISBL comporte trois organes dont les rôles sont clairement séparés.

Le Comité pédagogique, que je préside, est le gardien de la méthode. Il supervise les formateurs, valide les contenus, réalise des audits, et s'assure que ce qui est transmis sous le nom HyCSI correspond à ce que la méthode est réellement. Un formateur ne peut pas modifier les contenus selon sa vision personnelle. Ce n'est pas de la rigidité : c'est la garantie que quelqu'un qui consulte un praticien certifié HyCSI en Belgique, en France ou ailleurs reçoit le même niveau de soin que n'importe quel autre praticien certifié.

Le Comité éthique est indépendant. Aucun formateur en activité, aucun membre du Comité pédagogique, aucun administrateur ne peut y siéger. Cette indépendance n'est pas symbolique : elle est la condition pour que la protection des apprenants et des patients reste une priorité même quand elle entre en tension avec d'autres intérêts institutionnels. C'est cet organe qui reçoit les plaintes, instruit les dossiers, et peut proposer des sanctions y compris le retrait de certification.

Le Conseil scientifique consultatif apporte un regard extérieur sur l'évolution des connaissances, prévient les dérives pseudo-scientifiques, et renforce le dialogue entre la pratique clinique et la recherche. Son rôle est consultatif : il éclaire, il ne gouverne pas.

Ce que tout cela dit de la vision du soin

Ce cadre n'a pas été construit pour protéger la méthode d'une façon abstraite. Il a été construit à partir d'une conviction simple : quand on travaille avec des personnes traumatisées, le cadre est lui-même thérapeutique. Un patient qui sait qu'il consulte un praticien certifié, supervisé, soumis à une charte éthique dont le non-respect a des conséquences réelles, est un patient dont le système nerveux peut s'appuyer sur quelque chose de stable.

La sécurité n'est pas seulement ce qui se passe dans la séance. C'est aussi la structure dans laquelle la séance s'inscrit.

Et cette structure, nous la devons à tous ceux qui nous ont fait confiance en poussant la porte de nos cabinets avec ce qu'ils avaient de plus fragile.

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